Le calme et la tranquillité sont-ils accessibles avec notre mode de vie occidental ? Ceci ne semble pas évident pour tout le monde. On se lève, on se prépare, on est déjà en retard sur les horaires, on part au pas de course au travail, on rentre, parfois fatigué, épuisé, on mange, au dodo... Ainsi de suite, jours après jours, années après années. Quelques week-end et vacances interposés pour laisser croire que l’on se refait la cerise. Les jours s’enchainent, les saisons, les années. Le temps passe, on vieillit, on s’aigrit, parfois on murît. Et puis la retraite, si on y arrive vivant. Quel en est le sens ?

Est-ce acceptable ? Y a t-il d’autres alternatives ? Doit-on arrêter de penser ? Doit-on plus agir ou différemment ?

En tant qu’ancien médecin généraliste, reconverti en médecin de « prévention », je peux affirmer que le travail use, tue, détruit. Ce n’est pas normal ! Pourquoi de telles organisations pathogènes ? Et si plus d'équilibre était possible ?

Je repense à la notion de 'barycentre', concept un peu flou et qui pourtant s’avère intéressant et pertinent (de mon point de vue) pour s’analyser, enquêter sur un système, une entreprise et tant d’autres structures. Certes, le concept géométrique, sa transposition au monde réel et tout le reste n’est qu’exercice de pensée. Il en ressort toutefois un idéal (dangereux si figé et quête obsessionnelle).

Prenons un triangle équilatéral. Déterminons son barycentre, que l’on nommera point G. Le centre du cercle qui s’inscrit dans le triangle et celui qui l’entoure en passant pas le sommet n’est autre que ce point G.

Concept que l’on peut expérimenter sur de l’isocèle, cela ne marche pas convenablement, et de même, on peut s’amuser avec des tétraèdres et autres formes géométriques plus complexes.

Quoiqu’il en soit, cette notion de centre de gravité, centre d’équilibre me semble important et déterminant. L’associer à une structure, à un corps, à des ensembles complexes, combiné à d’autres abstractions représentatives au plus près du réel donne matière à réflexion.

L’équilibre et le risque/crainte de chute sont des concepts fascinants. Le vélo, une balance, un bateau... Le mouvement ajoute à la fois de la complexité et majore simultanément l’équilibre, et le risque de chute, si l’équilibre demeure précaire. L’immobilité, en alternative au mouvement ne constitue qu’une solution probablement temporaire à l’être qui veut et peut se mouvoir.

Clinophilie, procrastination sont aussi des concepts, culpabilisant vis à vis de celui ou celle qui ne peut s’en extraire, et pourtant, pourquoi devrions-nous toujours être en action, en mouvement ? Productif ?

Observer, contempler, savourer... sont aussi possibles. Là aussi, l’équilibre entre ne rien faire, parler pour ne rien dire, faire n’importe quoi, maîtriser un art quelqu’il soit... semble être un objectif intéressant quoi qu’en faire une finalité indélébile serait éprouvant. S’ajuster au contexte, à notre humeur, à notre degré d’implication, de vitalité...

Aujourd’hui, nous allons trop vite, on ne pense plus, on agit pour agir. Ceci n’est pas très constructif, et la pertinence de l’ouvrage en cours ou finalisé peut s’avérer décevant.

Ralentir, aiguiser notre discernement, stimuler notre patience, apprécier et se nourrir du calme et du silence. C’est souvent dans ce recueillement que l’on parvient à accéder aux ressources internes non mobilisables lorsque l’on est fatigué, non ou trop concentré. Juste milieu en tout dirions-nous. Certains objecteront bien entendu, que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, qu’ils adorent leur travail, et tant mieux pour eux. Mais est-ce valable pour la majorité ? Je n’en suis pas du tout convaincu.

Chacun est libre de penser, faire ce qu’il veut. Ou tout du moins, le pouvait jusqu’à il y a peu, sans faire n’importe quoi, précisons le tout même.

Notre civilisation touche aux limites qui lui permettaient de rester viable. Les signaux d’alertes sont omniprésents. Et bien, que fait-on ? On continue comme avant, en accélérant la cadence, sans donner l’impression de vouloir s’interroger sur tout cela. Dommage, de mon point de vue.

Le maintien d'un équilibre psychique, psychologique, physique, émotionnel demande efforts, persévérance, volonté et conviction notamment. L'apprentissage et l'ajustement quotidien semble utile et nécessaire. La vie n’est pas toujours facile, et pourtant elle est bien présente.

Se dire que l’on en a une est très bien, trop se le rappeler peut engendrer une inconfortable pression qui incite à toujours en faire plus, plus vite, au cas où le jour d’après n’ait pas lieu. Faire par plaisir, aspiration, d’autres parleront aussi de passion, de disposition...

Autant faire ce que l’on aime et qui nous donne le ressenti d’être vivant , sans nuire aux autres et au monde. Cela étant ma propre logique de penser/agir que je ne souhaite imposer à personne, je continue de la rendre la plus cohérente possible au quotidien et sur le long terme.

Le maintien durable en équilibre, avec tant qu’à faire ce peu, le plus de virtuosité possible, demande de l’endurance, de la persévérance, de la tolérance (envers soi-même notamment), du courage aussi, et bien d’autres nécessités propres à chacun de nous. Bref, la vie, sa complexité, et tout ce qui la compose.

Errer d’une pensée à l’autre peut effectivement éprouver. Survoler les extrêmes décompose et mine le moral.

Juste équilibre barycentrique, ajusté au fil de l’eau, de l’environnement et des différentes formes de pression qui s’exercent sur nous, nos proches, notre petit monde et le Monde commun.

Une richesse d’expériences à explorer, sans se prendre trop au sérieux, et en tâchant de rester le plus tranquille et humble possible.

Ni sermon ni injonctions; des pensées pour moi-même et pour celles et ceux qui pourraient un jour les découvrir. Une pensée du soir, comme si comme ça...

26 Février 2021