Sinistres déambulations, les êtres se frôlent sans se voir ni se parler. Les yeux rivés sur leur smartphone, oreilles obturées du monde par des câblages sonorisés. Sphère virtuelle isolante, camouflante des angoisses personnelles ressenties face au monde & ses occupants. Innovation utile ou dévastatrice ? Nos liens sont désormais numérisés.

Il fut un temps où le seul cordon que l’on devait couper était l’ombilical qui nous reliait à la naissance à notre maman. Aujourd’hui, faudrait-il songer à scinder nos corps de cet objet devenu, pour ce que l’on en croit, indispensable. On dort avec, on mange avec lui… aucune de nos actions quotidiennes n’adviennent sans lui. Nos vies y sont consignées.

Nos amis sont likebables, nos émotions s’expriment par smileys, & l’on se selfise au monde à souhait pour se prouver que l’on existe. Nos amours s’expriment par des coeurs numérisés. Y trouve-t-on encore un zeste de sincérité & d’authenticité ? Des bips, des vibrations, du dérangement perpétuel. Plus rien ne se passe sans qu’on le regarde, le touche, le caresse. Certains doivent probablement se masturber avec. Pathétique addiction.

Avalanche de tweets, flow de news, de banalités à gogo, le crâne bourré de bêtises numérisées. Sidération de nos existences par ces flux numériques incessants, parasitant nos conditions humaines jusqu’à l’apoptose de nos consciences liquéfiées par les ondes. Emprisonnés par l’outil, abrutis de cette virtualité engainante qui prive au final des autres… S’appeler pourquoi pas; se voir, se parler, se toucher, s’étreindre & s’aimer pour de vrai ?

16 mars 2017